Le calumet de John


Ce jour là, lors d’un pow-wow réunissant presque toutes les tribus – dans toute dynamique il est des tiédeurs – le référendum a enfin pu se concrétiser. Cela avait été long, cela avait demandé des conciliabules jusqu’aux portes du matin, il avait fallu faire œuvre de persuasion. Le peuple indien était un peu endormi depuis quelques décennies.

L’intitulé était curieux, aucune question n’était posée. Juste deux réponses. « ASSEZ » et « ON CONTINUE DANS NOTRE APATHIE ». Inhabituel, même chez les indiens. La campagne avait été brève, efficace diraient certains. Aucun sondage n’avait été effectué, et aucune explication n’était proposée. Seul manière de garder son libre arbitre et d’être le seul maître de son choix. Pas un politologue, pas une analyse, aucun journaliste. Chacun devait voter avec son cœur. La consigne avait été donnée aux hommes de ne pas retourner chez eux, pour leur interdire d’imposer leur décision de guerrier fantasmé à leur femme et à leurs enfants. Et oui, il n’y avait pas d’âge minimum pour cette votation. Les papooses et les anciens avaient le même poids.

Personne aux Etats Unis ne s’intéressait à ce référendum, sans enjeux pour les petits blancs bien ventilés par leur bannière. Les premiers américains, derniers à avoir acquis le droit de vote, n’avaient jamais eu d’importance dans le pays. Ils font partie du folklore. Et puis notre société les a bien rétribués, ce n’est pas rien les casinos, ce n’est pas offert à tout le monde. Ils devraient être reconnaissants. On n’allait pas prêter une oreille à une quelconque revendication sur un site d’ensevelissement d’ancêtres, ou encore sur la pollution de leurs réserves, pardon, de leur habitat.

Cela, d’ailleurs, arrangeait fort bien les instigateurs du référendum, ils pouvaient pousser leur pierre dans une atmosphère de dédain total.

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